Les anciens écrits magiques et occultes fascinent non seulement les archivistes, mais aussi de nombreux observateurs intéressés en dehors de la communauté restreinte. Le fait que de tels écrits soient également présents dans des archives purement publiques est rare et stimule naturellement la curiosité des chercheurs qui souhaitent en clarifier l'origine et le contenu possible. C'est le cas, par exemple, du document d'archives des Archives principales de Bavière, qualifié de « livre de magie » dans le répertoire correspondant, qui est conservé dans le fonds « Dossiers sur les sorcières » comme un document d'archives totalement isolé, sans autre lien avec d'autres dossiers.
Formellement, le manuscrit se compose de 13 feuilles qui étaient à l'origine pliées en deux et qui avaient donc un format beaucoup plus petit qu'aujourd'hui. Il comporte différents signes et dessins qui rappellent des fragments de la liturgie latine et font clairement référence aux 10 commandements ou au symbole du Saint-Esprit. On peut supposer que l'auteur du livre ne comprenait pas le latin et qu'il a retranscrit de mémoire ce qu'il avait entendu, ce qui explique pourquoi il n'est plus possible aujourd'hui d'établir des correspondances claires. Un dessin représentant une main gauche et une inscription pouvant être interprétée comme une incantation magique pourrait, en lien avec les « mains d'enfants », faire référence à un sortilège de paralysie. Les « mains d'enfants » désignent les mains coupées d'enfants qui, selon la croyance populaire, devaient ouvrir les portes aux voleurs lors de leurs expéditions nocturnes.
Ce lien pourrait être important si nous essayons de déterminer l'origine du livre : dans le tribunal de Tölz, ou plutôt dans la seigneurie de Hohenburg (Lenggries), le grenier à céréales du fermier Hans Grasmüller de Lenggries a été cambriolé le 20 juillet 1704 et 6 sacs de farine ont été volés. On ne manqua donc pas, le 21 juillet, de procéder à la perquisition chez les suspects Martin Eheham, dit Jacob Martha, et Balthasarn Wönig [tous deux de Lenggries], au cours de laquelle on trouva chez Ehehamb une peau de calomine fraîche ainsi que trois sacs remplis de farine, sur quoi on l'a immédiatement arrêté et conduit au poste de police de Lenggries, mais il s'est échappé de manière tout à fait inattendue et a pris la fuite.
Balthasar Wenig fut toutefois arrêté le 23 juillet 1704 et remis au tribunal de Tölz, comme d'habitude. Il fut emprisonné à la Fronfeste et l'on commença à recueillir des témoignages auprès du tribunal de Hohenburg. Parallèlement, Wenig fut interrogé et un rapport accompagné des procès-verbaux fut envoyé le 4 août 1704 au conseil de la cour à Munich. Le 9 août, celui-ci donna l'ordre de montrer à Wenig les instruments de torture afin de le pousser à faire d'autres aveux. La perquisition chez Martin Eheham(b) [Ehaim] à Lenggries semble particulièrement révélatrice, car un livre à l'apparence magique y a été trouvé, raison pour laquelle le tribunal de Tölz a écrit au juge de la cour de Hohenburg qu'il devait faire transférer le livre superstitieux trouvé chez Marthin Eheham et faire venir quelques personnes expérimentées afin de tirer parti de leur expérience comment et à quel moment celui-ci s'était détaché de ces liens.
On supposait donc qu'Ehaim n'avait pu s'échapper de prison que grâce à la magie, et plus précisément grâce aux pratiques magiques consignées dans le livre. La pièce à conviction a été envoyée avec un rapport très humble de l'époux à Son Excellence le conseiller aulique par ses propres moyens. Le livre parvint à la mi-août avec un rapport au conseiller aulique, qui ordonna alors, le 20 août 1704, que Wönig soit transféré en toute sécurité dans la prison de la tour Falkhenturm, mais que Ehehamb, qui s'était enfui, soit recherché avec diligence et intention afin qu'il puisse à nouveau être arrêté et livré ici.
Le 4 septembre 1704, Wenig fut incarcéré à la Falkenturm de Munich, d'où il fut toutefois libéré le 20 octobre pour être renvoyé à Tölz avec pour mission de présenter publiquement ledit Wönig, de lui lire ses torts tant ratione furti que veneficii et de lui faire porter le Täfl.
On peut donc supposer que le « livre de magie » présenté ici aurait pu appartenir à Martin Ehaim de Lenggries et que la main dans le livre lui aurait servi à s'échapper de prison. Cela expliquerait également pourquoi le livre a été transmis sans aucun dossier, car celui-ci n'a jamais existé, et permettrait de comprendre les plis du livre, qui a été transporté ici et là. Il ne sera plus possible de trouver de preuve définitive, car le livre ne contient aucune indication sur son origine, mais l'histoire présentée, historiquement attestée, peut tout à fait être mise en relation avec le livre de magie dont il est question ici.
Christoph Bachmann
Toutes les illustrations : Archives nationales de Bavière, dossiers sur les sorcières 51.
Publié le 04/09/2025.